Contexte historique

Depuis la bataille de Sekigahara, les TOKUGAWA ont imposé leur hégémonie sur le pays. Après plusieurs décennies de troubles et de guerres, le Japon est enfin unifié, sous la férule du Bakufu. Stratégiquement, le shôgun a redistribué les terres en favorisant les clans présents à ses côtés à Sekigahara. Il poursuit la politique de séparation des castes commencée par TOYOTOMI Hideyoshi, et plus que jamais, les différentes couches de la société vivent en parallèle, sans pouvoir changer de condition. Un paysan restera un paysan, un bushi restera un guerrier, et les deux castes s'éloignent l'une de l'autre.

Dans le même temps, le pays se ferme définitivement à l'étranger et bannit le christianisme. Le dernier sursaut de cette religion est écrasé à Kyûshû, lors de la bataille de Shimabara. Cette révolte de paysans et de bushi chrétiens est définitivement matée. La   population est invitée à se faire recenser auprès des temples, se reconnaissant ainsi exclusivement shintoïste ou bouddhiste.

Les paysans sont écrasés par de lourdes taxes, et leurs devoirs sont clairement précisés  : travailler, travailler, de manière à s'acquitter de leurs taxes envers leur daimyô, envers le Bakufu. Travaillant le jour aux champs, la nuit à fabriquer des paniers ou des objets en paille, leur vie n'est axée que sur la culture intensive, de manière à nourrir le pays.

L'Empereur qui a déjà perdu son pouvoir politique depuis longtemps est réduit à prier pour le bien-être du pays depuis le coup de force de Iemitsu, le petit-fils de Ieyasu, qui mena 300 000   hommes devant les portes de Kyôto afin de faire admettre son pouvoir.

Parallèlement, le shôgunat affermit son emprise sur les daimyô. Afin de se prémunir contre tout complot, Iemitsu a instauré en 1635 le principe du sankin kôtai. Les familles de daimyô sont invitées à résider de façon permanente à Edo, tandis que les chefs de famille ne peuvent monter à la capitale qu'un an sur deux. Outre que cela réduit les familles à l'état d'otages, cela permet aussi d'une part de participer à l'essor de la capitale shôgunale, d'autre part à conforter le développement des voies routières.

Depuis quelsques années, le shogunat s'est lancé dans la construction d'un magnifique temple à Nikkô, en hommage au fondateur de sa dynastie : Ieyasu. De nombreux artisans ont été sollicités pour cet ouvrage, et il devrait surpasser en luxe tout ce qui a été fait auparavant.

En 1657, un gigantesque incendie ravagea Edo, et détruisit grand nombre de demeures de daimyô. De nouveaux impôts ont été levés afin de reconstruire la ville, et, grâce à cela, les travaux vont bon train.

Edo est consommatrice d'arts, de main d'oeuvre, de plaisirs, et les routes comme la Nakasendô ou la Tokaidô sont des lieux de vie à part entière, où toute la société, bushi, prêtres, marchands et pélerins de toutes origines se croisent au gré des relais.

Kawagoshi faisant traverser la rivière

Les routes sont sécurisées et elles sont bordées de nombreuses auberges. On s'y déplace principalement à pied, parfois en palanquin, très peu à cheval. En effet, le gouvernement a veillé à ce qu'il n'y ait que très peu de ponts, et l'on traverse bien souvent les rivières grâce à des passeurs, les kawagoshi. Ils aident les voyageurs à traverser à gué, les portant sur leur dos, ou sur de grands plateaux. Dans ces conditions, de fortes pluies peuvent facilement couper les routes , et retarder les voyages. Les courriers shôgunaux ont priorité sur tous les autres voyageurs pour ce qui concerne les services offerts sur la route.

Les frontières entre les fiefs sont délimitées par des postes et sévèrement surveillées. Toutes ces mesures permettent au shôgunat d'avoir un pouvoir fort sur tout le pays, d'une part en surveillant chaque déplacement, et en empêchant tout mouvement de troupes.

Toute une économie de voyage se développe, avec les métiers de la route qui sont prospères, l'augmentation du nombre d'auberges est notable. S'il est une caste qui profite de cette paix solidement tenue de main de maître, c'est celle des marchands. Les daimyô et le shôgunat lèvent de lourdes taxes, entretiennent de somptueuses demeures à Edo et enrichissent cette classe sociale, certes indigne, mais de plus en plus aisée. Entre les trois pôles économiques d 'Edo, Kyôto et Ôsaka, au gré des échanges commerciaux se crée un monde de loisirs. Les premiers théâtres voient le jour, et les quartiers de plaisirs vont bientôt voir naître une nouvelle culture.

Les Voyages

Les voyages sont chantés depuis longtemps par les poètes de tous horizons, et les pélerinages sont courants, mais ils étaient peu pratiques. Les daimyô désormais obligés à voyager régulièrement font entretenir des routes plus agréables, et veillent à ce que des auberges conformes à leurs besoins soient construites.

Carte des routes entre Edo et Kyôto

Toute une littérature de voyage se développe dès le début du XVIIème siècle. On trouve rapidement des récits truculents soulignant des situations cocasses, tout en présentant les légendes, les sites à voir, les spécialités des régions traversées. On voit l'apparition de véritables guides de voyages, indiquant les détails pratiques tels que les distances entre deux étapes, les tarifs des auberges, des péages. S'y ajoutent des conseils sur les bagages à prévoir : serviettes, foulard de tête, éventail, matériel d'écriture, porte-monnaie en ventrière (pour se garder des voleurs), un balluchon, une petite pharmacie, une bentô-bako (boîte à pique-nique), des cordes, des chapeaux de paille. On y trouve encore la tenue du voyageur averti : chapeau, kimono retroussé dans la ceinture et momohiki (sorte de caleçon long) pour les hommes, un yukata long pour les femmes ; des kyahan (sorte de guêtres), des tekô, qui protègent les avant-bras , des tabi (chaussettes), sandales de paille, une pélerine ou une cape de paille.

Il est permis de porter un sabre court pour dissuader les agresseurs, mais la plupart des pélerins n'usent pas de ce droit, trouvant ce genre d'objets trop encombrants. Les samurai ont pour habitude d'emballer les poignées de leurs sabres jusqu'à la garde dans de petites gaines appelées « tsukabukuro », pour éviter qu'elles ne souffrent pas des intempéries

Enfin, les voyageurs sont prévenus des différentes arnaques, des charlatans qui proposent des onguents à l'efficacité douteuse...

Entre les 53 étapes entre Edo et Kyôto, il y a de nombreuses auberges à prix variables selon la qualité proposée. On trouve de tout, de la simple auberge qui fournit uniquement le bois de chauffage, à charge pour le client de prévoir son repas , à l'auberge de luxe pour les voyageurs plus fortunés. Chaque établissement a ses propres femmes de plaisir, limitées en principe à deux, mais souvent plus nombreuses. Il est aussi possible de louer des montures, des palanquins ou des porteurs pour quelques étapes. On compte environ 13 jours de marche entre Edo et Kyôto par beau temps. Mais il fallait environ quatre-vingt-dix heures pour un courrier shôgunal.


Mythologie & religions

Les religions du Japon sont le shintô et le bouddhisme. Mais loin de s'opposer entre croyants de chaque religion, les Japonais pratiquent les deux indifféremment. Ils rendent ainsi hommage aux kami de la fertilité pour avoir une bonne récolte, mais aussi au buddha de la médecine pour le rétablissement d'un proche.

1- le bouddhisme

 

En japonais, bukkyô signifie “enseignement du buddha”. Cette religion fait partie intégrante de la culture japonaise au moins depuis le VIème siècle. Au début, il servit à la fois à épanouir les possibilités spirituelles des Japonais et à leur ouvrir l'accès à la civilisation chinoise, l'écriture du japonais par les idéogrammes chinois ayant été importée par la diffusion des sûtra (textes sacrés bouddhiques). Tout d'abord pratiqué par les puissantes familles et l'Etat, le bouddhisme se répandit largement au sein du peuple à partir du XIIème siècle.

Les divinités bouddhiques se hiérarchisent en plusieurs groupes

1. Les “Eveillés” : Nyorai ou Butsu ( buddha)

2- Le shintô

 

Le shintô est à la base une religion animiste. Shintô, ou kami no michi, signifie la Voie des Dieux (shin est la lecture d'origine de l'idéogramme chinois utilisé pour signifier “divinité” , et dô ou tô, celle de l’idéogramme de “voie”, “chemin”). Le culte des kami (divinité ou esprit puissant, signifie à l'origine “au-dessus”), est primordial dans le shintô. Avant l'introduction du bouddhisme, le shintô était un ensemble mal défini de cultes proches du shamanisme, rendus aux divinités locales ou familiales, aux phénomènes naturels, aux êtres mythologiques, et de rituels agraires.

Les plus anciennes chroniques du Japon, le Kojiki (712) et le Nihon-shoki (720), justifient la légitimité du tennô (l'empereur) par son ascendance divine. En effet, ces deux ouvrages relatent l'histoire du Japon depuis sa création par les dieux jusqu'à la société humaine. Héritier de la déesse du soleil, l'empereur est intouchable et indétrônable, en théorie. En pratique, à certaines époques, le pouvoir politique réel était repris par des hommes forts, tandis que l'empereur se contentait d'être le garant de la religion shintô et n'avait qu'un rôle figuratif. Outre la légitimité de l'empereur, ces chroniques déterminent les bases du panthéon shintô sur le modèle de la hiérarchie divine bouddhique. L'établissement de sanctuaires par la famille impériale et les nobles contribua également à l'élaboration de ce panthéon.

Parmi les kami les plus révérés, nous citerons :

  • Ama-terasu-Ô-Mi-Kami : La déesse du soleil, la divinité la plus importante du panthéon shintô, fondatrice de la famille impériale, et protectrice de tous les clans.
  • Tsuki-Yomi-no-Mikoto : le dieu de la lune, de l'agriculture, de la mer, et de la divination
  • Take-Haya-Susa-no-O-no-Mikoto, le frère d'Amaterasu, divinité de l'agriculture, des maladies (dieu protecteur contre les épidémies et les désastres), du royaume des morts, et ancêtre des kami terrestres violents.

    Il représente aussi le caractère humain, capable du meilleur comme du pire. Il a un jour décidé de détruire toutes les rizières qui étaient sous la protection de sa soeur, et de lâcher un cheval dépecé entre les métiers à tisser du palais d'Amaterasu et d'y tuer toutes ses tisserandes. Excédée, Amaterasu se retira dans une grotte, privant le monde de sa lumière.

    Susano-O a aussi sauvé une région en terrassant le Yamata no Orochi, un serpent géant à huit têtes et huit queues qui y faisait régner la terreur. Il offrit même à Amaterasu l'épée qu'il trouva dans une des queues du monstre, qui devint l'un des trois symboles, avec le miroir et le joyau, du pouvoir impérial.

3-Les Yôkai

Yôkai est un terme générique pour toutes les créatures étranges dont regorge le folklore japonais : démons, géants, dragons, ogres, fantômes etc.. Nous allons vous en présenter quelques-uns parmi les plus populaires.


Yama-Otoko (Gaillard de la montagne) s'attaquant à un char à boeuf d'un aristocrate

 


Kappa (Esprits des eaux, connus pour leur caractère facétieux) qui ont prévu des brochettes de boeuf?

 


Noble abattu par son manque de chance : des karasu tengu viennent de lui voler son troisième boeuf depuis le début du voyage !

 


Noble atterré : Même ses suivants peuvent cacher des yôkai : ils viennent de reprendre leur forme de renards (connus pour leur malice), et lui ont pris sa dernière vache.

 


Kurama Yama no Sôjôbô: Seigneur Tengu, protecteur du Mont Kurama. Les Tengu sont des esprits de la montagne, et leurs seigneurs sont aussi les maîtres des karasu tengu (Tengu-corbeaux.)

 


Nuée de karasu Tengu passant à l'attaque.

 


Fuji Tarô : Seigneur Tengu, protecteur du Mont Fuji

 


Enma-Ô : Grand Juge des Enfers. Il décide des peines infligées aux pécheurs, et commande aux nombreux oni (démons), qui peuplent les Enfers.

 


Aka-oni et Ao-oni : oni rouge et oni bleu : geôliers infernaux

 


Gozu Mezu (Littéralement : Tête de boeuf et Tête de cheval) : deux des sortes de oni gardiens des enfers.